Chapitre 2 – Mostaganem/Alger

Mostaganem/Alger

La côte s’éloigne rapidement de nous car le navire, tremblant de la coque au pont, fait vrombir ses puissants moteurs. Le capitaine et les hommes d’équipage qui se doutaient bien de notre fuite forcée sont aux petits soins, nous donnant chacun à leur tour des conseils pour ne pas être malades,  nous obligeant à grignoter pour remplir nos estomacs pleins d’angoisse et de rancœur ! J’ai encore le bon goût du chocolat « Kohler » dans la bouche et mes frères, celui des sucettes « Pierrot Gourmand » !

Nous ne savions pas encore que l’équipage savait déjà par la météo marine qu’un gros coup de grain se préparait sur notre route. Notre premier voyage maritime – excepté pour moi car j’avais déjà pris le bateau pour venir en colonie de vacances en France, à Pradelles, où naît la Loire ! – ne fut pas de tout repos.

La mer déjà formée se déchaîna, devint houleuse et tempétueuse, l’écume bondissait sur la crête des vagues énormes qui venaient cogner sur la coque, la proue et la partie avant du bateau disparaissait sous les trombes d’eau.

Des vagues immenses se jetaient avec fracas sur le pont traversant toute la largeur du navire pour surgir en bouillonnant à travers les bastingages ajourés !

  • Maman je vois plus le bout du bateau ! 

Patrick appelait Antoinette, le visage collé au vitrage de la fenêtre rectangulaire de la cabine, ensevelie sous les paquets d’eau spumescente !

   –    Ne t’inquiètes pas, moi non plus je ne vois rien. D’ailleurs, il vaut peut être mieux ne rien voir ! Viens près de moi pour me faire un bisou. Viens dans mes bras !

Dans notre cabine conçue pour une personne, nos corps étaient bousculés de gauche et de droite sous les coups des énormes vagues qui déferlaient sur le navire. Patrick blotti dans les bras de notre mère, Guy et moi dans un coin de la cabine, attendions dans la peur la fin de la tempête en nous tenant les mains et en pleurant.

Plus tard, le commandant vînt nous voir pour nous annoncer que la mer commençait à se calmer et que bientôt nous arriverions dans le port d’Alger.

Nous avons été soulagés d’apprendre cette bonne nouvelle, et de pouvoir rapidement sortir de la cabine souillée par nos vomis.

Aller prendre l’air du large nous ragaillardissait.

Nous qui étions si contents de découvrir les bateaux et la mer, nous ne pensions pas être confrontés à cette tempête, cette traversée rajoutant à notre peine de partir, le sentiment que tous les malheurs de la terre s’abattaient sur nos têtes !

Nous n’avions rien demandé !

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